Notre ami Coronavirus, alias Covid-19 (tout dépend si vous lisez Asterix ou non, suivez ce lien si vous ne comprenez cette tentative d’humour), est venu perturber le Canada comme tout le monde un peu partout en ce début d’année. Et ça s’est traduit par un licenciement pour moi. Voici le récit de l’arrivée du Corona au Canada.

Le Corona : la nouvelle série Netflix en version réelle

Le coronavirus est arrivé un peu brutalement dans nos vies via les médias. Au Canada nous avons lu les nouvelles comme si une série Netflix se passait en version réelle entre janvier et février. Avant de voir la réalité en face : Le Covid-19 est maintenant partout.

En janvier, alors que le virus se répandait en Chine et timidement en Europe, nous avons assistés à des changements notoires à Vancouver. Ici la communauté asiatique est très importante, et Vancouver est même surnommée Hongcouver. Il y a d’abord eu une baisse drastique de la fréquentation des restaurants asiatiques (surtout chinois). Et aussi une baisse de fréquentation des quartiers et villes ayant de fortes populations asiatiques autour de Vancouver.

Richmond par exemple, où se trouve l’aéroport, est une ville où il fait bon manger, se ravitailler en nourriture et faire des achats asiatiques. Ses rues se sont vidées en deux temps trois mouvements.

Nous étions pour la majeure partie dans le jugement, plutôt raciste : si le Corona arrive c’est à cause des asiatiques. Hypocrisie totale puisque nous achetons tous beaucoup en provenance de l’Asie, quelle que soit notre province de résidence (objets de consommation du quotidien et nourriture). Nous aimons et en redemandons.

Puis, les compagnies aériennes ont supprimé des vols en provenance de la Chine. Certains canadiens d’origine asiatiques se sont aussi mis à porter des masques et ont limité leurs sorties. Ils suivaient les news et conseils de leur pays d’origine en plus du Canada (qui n’en avait pas tant au début).

Honnêtement je pense que nous avons eu peur durant 2 bonnes semaines, puis ça s’est calmé. Même si la fréquentation de certains lieux n’a pas réellement repris.

Ensuite en février l’Europe s’est retrouvée infectée avec la France, l’Italie et les pays limitrophes. A ce stade le Coronavirus nous paraissait encore loin. Et nous avions plus vraiment peur d’une épidémie sur Vancouver. Puisque si les chiffres grandissaient de partout, ce n’était pas le cas pour nous.

Mais fin février – début mars, nous avons commencé à avoir des infections au Corona, devenu Covid-19, dans 2 maisons de retraites au nord de Vancouver. Et les arrivées internationales ont drastiquement chutées. Notre taux d’occupation au travail, à l’auberge, est passé de plus de 50% à moins de 15%. Rien à faire, trop de staff.

Nous nous sommes mis à suivre les news de plus près et tout s’est enchaîné début mars : le gouvernement canadien a conseillé aux voyageurs internationaux de se mettre 15 jours en quarantaine en arrivant sur le sol canadien. Puis les rassemblements de plus de 250 personnes ont été interdits. Et Trump a mis brusquement “l’Europe en quarantaine” pour 30 jours.

La ville de Vancouver a décidé de fermer les bars et pubs la semaine précédant la Saint Patrick (17 mars), par sécurité. Car la Saint Patrick est très fêtée dans les pays anglo-saxons. Le nord de l’agglomération, quant à lui, faisait face à un nombre grandissant de cas de Covid-19.

De notre côté, à l’auberge nous avons fermé la cuisine collective et la location de vélos. Et notre manager a commencé à enchaîner les réunions avec le siège. Puis les auberges saisonnières qui devaient ouvrir sont restées fermées. Et le recrutement s’est arrêté. Les mauvaises nouvelles arrivaient au compte-goutte. Je me suis dit que je passerai mes jours de repos du 15-16 mars en recherche d’emploi.

Pendant ce temps, durant tout le mois de mars notre taux d’occupation se faisait une place bien au chaud dans les abysses, proche de zéro. Aux alentours du 15 mars il nous restait entre 15 et 20 personnes dans l’auberge, avec moins de 10 arrivées par jour.

Enfin, les cafés et restos ont dû soit fermer s’ils avaient plus de 10 employés par jour, soit proposer uniquement des produits à emporter.

Se faire “corona-licencier” is the new “je suis expat’ au Canada”

Notre manager avait une énième et dernière conférence téléphonique pour le 17 mars je crois.

Le lundi 16 mars mon niveau d’anxiété était au plus haut même si j’étais en repos. Je suis donc allée à la bibliothèque pour trouver un peu de réconfort, me calmer et refaire mon CV. Mais elle a fermé ses portes à 13h until further notice, comme presque tous les lieux publics de la ville. Tristesse et précautions.

Avec 3 auberges de notre association sur la ville de Vancouver nous nous attendions à n’en avoir plus qu’une ouverte, en espérant que ce serait la nôtre.

Malheureusement après la réunion notre manager nous a annoncé que nous devions fermer le dimanche 22 mars. Par mesure de sécurité et pour cause de baisse de fréquentation. Nous avons donc passé le reste de la semaine à organiser la fermeture. Stress et fatigue puissance 10 000.

Notre situation est donc la suivante : nous sommes licenciés temporairement avec une date de ré-évaluation/ré-embauche si tout va mieux, fin avril. Cela s’appelle terminated as redundant ou temporary lay off. Notre statut d’employé reste le même et nous ne perdons aucun avantage lors de la ré-ouverture de l’auberge. Et petit bonus : nous gardons notre mutuelle santé (merci les RH ❤︎). Enfin, puisque nous sommes licenciés temporairement pour “non-cause” nous pouvons demander l’assurance-emploi (= le chômage), si nous sommes éligibles.

Il faut bien comprendre qu’ici il n’y a pas 36 expressions ou situations. Soit on bosse, soit on ne bosse pas. Pas de chômage technique, RTT, congés longs ou autre embrouille. Et c’est rapide : nous avons officiellement appris le jeudi que nous étions licenciés pour le dimanche. Nous avons donc reçu une termination letter (lettre de licenciement) avec les conditions de la reprise et la date de ré-évaluation de la situation.

Licenciée pour cause de Covid-19 au Canada et dire au revoir à ses petites habitudes

Je dois admettre que c’est une bonne chose que nous ayons fermé fin mars. Nous étions en centre-ville, et venions tous en transports en commun chaque jour depuis différents quartiers. Nous recevions des voyageurs du monde entier. Puis surtout, nous croisions les employés de l’hôpital Saint Paul, situé quelques rues plus loin, lors de nos pauses café ou déjeuner. Notre potentiel d’infection et de propagation était donc largement supérieur à notre niveau d’anxiété.

Lors de la fermeture de notre auberge, la province de Colombie Britannique avait moins de 500 cas de Covid-19. Mais les rues étaient bien calmes et presque tout était déjà fermé. Le “semi-confinement” était en place depuis 1 semaine déjà. Et tout le monde changeait ses habitudes.

A Vancouver et dans tout le Canada les licenciements ont été massifs, au fur et à mesure que les provinces et le gouvernement ont mis en place de nouvelles restrictions. Pas de rassemblements de plus de 50 personnes. Respect de distances de sécurité imposées. Fermeture de tous les lieux publics non essentiels. Et pour certaines provinces : fermetures de commerces non-essentiels. Puis enseignement en ligne généralisé … Au final, Il y a eu plus d’1 million de demandes pour l’assurance-emploi avant le 25 mars. Je n’ai pas vérifié les chiffres depuis. Mais les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral ont annoncé des aides pour les employés et entreprises. Elles devraient être activées au 1er avril, afin de compléter l’assurance-emploi.

Tout va bien

Alors voilà, je suis en sécurité, je fais des visio-confs avec mes amis et ma famille. Je vis maintenant sur Burnaby à l’Est de Vancouver, et je ne me déplace que lorsque j’en ai réellement besoin. Je me suis aussi bien calmée sur la lecture des news. J’étais arrivée à un point où je lisais les nouvelles en France, au Canada et en Italie. Plus d’autres articles internationaux (Angleterre, Etats-Unis, etc.). Maintenant je ne regarde presque plus que le Worldometer de temps en temps. Et je jette un oeil distrait sur Le Monde au quotidien.

Je vous envoie des bisous confinés (ça fait partie de ma nouvelle routine de gym du visage, oui oui). Et je vous souhaite de respecter la distance d’un caribou entre vous, comme le conseille sagement le gouvernement du Yukon ❤︎

Cet article a 2 commentaires

  1. Laura

    Coucou,

    Merci pour cet article. Je te souhaite du courage et d’être en sécurité, c’est le plus important pour le moment. Du coup, tu as tout de même ton chômage, tu n’est pas “sans le sou” ?
    Ici, tout mes plans sont tombés à l’eau et/ou repoussé …..
    Je devais partir en stage pour 2 mois début mars, annulé. Je devais repartir en formation, pareil, je ne sais pas ce que ça va donner…..

    Belle journée,
    Laura – Happy Lobster

    1. Perrine

      Coucou Laura, oui je vais avoir droit au chômage, que l’on appelle l’assurance-emploi ici. Je pense que c’est une bonne idée de repousser, en espérant que tes projets pourront se concrétiser. Le plus important c’est d’être en sécurité et en bonne santé 😉

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