Covid-19 au Canada : la reconversion

Au printemps 2020 le Covid nous confinait tous. Durant ce confinement je me suis penchée sur mes options professionnelles : la reconversion temporaire (ou permanente) m’est apparue être la solution la plus efficace.

Je m’attendais à ce que le tourisme soit à l’arrêt jusque fin 2020 au moins. Pour moi l’année était finie avant même d’avoir commencé, et il nous faudrait attendre une possible reprise en 2021. Mes collègues ne savaient pas quoi en penser et au final, vu la situation je me dis que j’ai eu raison de changer de voie pour au moins 2 ou 3 ans. Je suis devenue prof de français langue étrangère, prof de FLE pour faire court.

Reconversion : pourquoi et comment ?

Le tourisme étant au point mort, j’ai tout d’abord cherché à transférer mes compétences sur un nouveau métier : j’ai fait du management et de la formation du personnel, j’aime transmettre et aider une équipe à atteindre des objectifs. Je parle plusieurs langues, et j’ai été animatrice pour enfants il y a bien longtemps de cela. Pourquoi ne pas enseigner ou former des jeunes ?

Je souhaitais aussi repartir sur un emploi neutre : rien de business. Le Covid faisait tanguer bien du monde et personne ne savait que faire. Il me fallait une sécurité.

Être prof de langue m’est apparu assez rapidement comme étant une solution possible : j’aime transmettre, j’adore les langues, alors autant devenir prof de français puisque c’est ma langue maternelle. Je me suis renseignée sur l’espagnol et l’anglais. Mais ici le français domine dans l’enseignement des langues. Il est obligatoire pour travailler dans l’administration publique dans un certain nombres de domaines. Les écoles de type French immersion ou francophones ont la cote. Je me suis ainsi inscrite à une formation à distance pour enseigner, j’ai refait mon CV, en valorisant mes compétences transversales, et j’ai postulé en croisant les doigts.

En septembre 2020 j’ai obtenu un poste de prof de FLE à l’Alliance Française. Victoire ! Je commence début novembre à mi-temps. C’est un début ; ma reconversion devient réelle.

La Covid-reconversion : comment le vit-on ?

Mon nouveau métier est très différent : je bosse désormais en solo même si j’échange régulièrement avec mes collègues. Au début ce fut très déstabilisant. Je n’avais plus d’équipe avec laquelle travailler, discuter, avancer. Je me suis sentie assez seule. Le visage entier de mes collègues ne m’apparaissait qu’en visio, puisque nous portons des masques au travail. Enfin, je travaille à distance 3 jours par semaine et je viens à l’Alliance 2 jours. Je me remets de mes moments de solitude, mais les débuts ont été assez durs.

Je me suis aussi ré-adaptée à un management à la française : échanges plus cash, soucis discutés et réglés rapidement. Les collègues font des blagues au 2nd, 3ème, voire 4ème degré. L’organisation permet d’anticiper au mieux les éventuels problèmes mais elle est plus rigide. Les décisions sont prises par le management, et non durant les réunions.

J’ai aussi fait face à petite une schizophrénie professionnelle : attitude canadienne face aux élèves et aux parents (tout le monde est beau et merveilleux), mais organisation et techniques d’enseignement à la française. J’ai trouvé un équilibre au final et je me prends beaucoup moins la tête.

Puis d’autres questions sont apparues : que faire de ce nouveau métier que j’aime mais qui ne me comble pas autant que de travailler en équipe ? Vais-je continuer d’enseigner longtemps ? Me spécialiser ? Est-ce que le tourisme me manque réellement ? Mais c’est quand même le bazar intersidéral dans cette industrie. D’autant que le Canada fut fermé au monde jusqu’en août 2021.

Nous sommes encore en pandémie, quel que soit le travail je serai de toute façon à distance, équipe ou pas. Et le tourisme reprendra plus tard. On verra bien.

En fait cette reconversion me demande un effort énorme que je n’avais pas anticipé. Ma décision a été pragmatique et rapide, mais mon mental n’a pas forcément bien suivi. Je n’ai pas réalisé que le changement serait aussi difficile. Il m’a fallu tout repenser : mon organisation travail/repos en intégrant ma prépa de cours, et mes notes post-cours. J’ai eu des moments de solitude face aux élèves, quand une activité ne marchait pas. La reconversion c’est difficile car on devient de nouveau débutant, on tâtonne, on teste et on apprend de ses erreurs. Je suis maintenant beaucoup plus sereine face à mes élèves.

Je sais aussi que je dois ajuster mes envies pros. Le marché du travail est un champ de bataille en ce moment. Ici on dit the market is hot. Bref. Ça ira mieux dans quelques temps.

2022, entre fatigue et espoir

Nous sommes début 2022 j’avoue que je suis fatiguée de travailler dans ma chambre même si mon logement est top. Je suis fatiguée des 45 min de bus via les travaux du métro pour aller au travail. Même si ça me permet de voir mes collègues. Je suis fatiguée des masques en permanence quand je vois du monde. J’ai beau être dans une province peu touchée par le Covid, ayant des mesures souples, je reste et je me sens enfermée. Ça fait 3 Noëls que je ne suis pas rentrée. Ma famille me manque énormément. Mais je ne suis pas rentrée pour Noël, j’ai eu peur d’Omicron cette année malgré la quarantaine levée pour les double-vaccinés. J’espère revenir au printemps pour prendre l’air et profiter de mes proches.

Pour tous ceux qui me lisent : J’espère sincèrement que vous allez bien.


Ma vie en mode Corona

La suite mes aventures version Covid-19 au Canada, car après le licenciement il y a le retour à la vie :

Perrine

Moi c'est Perrine, 30 ans, voyageuse et actuellement expatriée au Canada. J'ai la bougeotte depuis pas mal d'années, et après des études un peu partout en Europe, je me suis mise au PVT (permis vacances-travail) dans les pays anglo-saxons.

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