En ce jour de janvier bien pluvieux, je vous propose une nouvelle réflexion à propos de la différence entre le monde du travail au Canada et en France.

Le Canada

Quand on effectue son travail en équipe au Canada on doit faire un effort pour être gentil et souriant avec tout le monde. Hypocrite ou pas. Et les managers sont “joueurs” : ils ont tendance à prendre des décisions en tenant compte de l’avis des collaborateurs.

On ne fait pas trop d’heures sups’ et on ne se pointe pas le weekend. Sinon c’est qu’on a “un souci” ou on est un ovni (ça n’empêche pas d’avoir 3 jobs).

On se retrouve avec beaucoup de staff, moins de concentration, d’analyse, de blabla, mais plus d’actions concrètes et pragmatiques (make money baby). On fait entre 37.5h et 40h par semaine.

Les décisions sont rapides et liées à des actions. Donc parfois on agit avant de penser. On met alors en place un certain nombre de mesures correctives et expérimentales avec des process légers (test & learn).

La personne qui soulève un problème a de grandes chances de devenir le problème assez facilement, par raccourci. On porte peu d’attention aux problèmes, il y a malaise devant toute chose négative et une recherche constante de consensus / paix sociale.

On a l’impression d’être en action et d’avoir peu de paperasse à faire. Cela va en fait presque au sentiment du peu de considération pour les lois. Car il y a peu de contrats ou de règles écrites et parfois une méconnaissance des lois. Il y a donc moins d’attention aux détails.

L’inclusion est super importante en entreprise au Canada (ex: livraison de cupcakes colorés au travail lors de la Gay Pride. Tout le monde est gentil/souriant sur la photo même si tout le monde n’est pas d’accord). Les entreprises font des déclarations officielles, et prennent au sérieux le harcèlement, tout type de discrimination et le sexisme. En bref : licenciement rapide au moindre souci.

Cela est aussi lié à la protection de la réputation de l’entreprise canadienne. On la veut inclusive. On promeut ses valeurs et sa vision avec force et on dégage toute personne qui la salit. Il y a l’envie réelle de proposer un lieu de travail agréable et sécurisé (dans tous les sens du terme). Moults formations, coaching et développement perso sont proposés par les RH. Il existe même des prix des meilleures entreprises où travailler. Bref on retrouve une volonté d’être des cool guys.

Ensuite, on reçoit peu de retours ou de critiques constructives à propos de notre performance. Et on peut avoir l’impression de flotter sans trop savoir si on est dans le bon ou le mauvais. Sauf si le manager nous adore. Mais il y a moins de pression et plus de distance vis-à-vis de la “sériosité” du travail.

Puis, la prise de séniorité se traduit par des promotions rapides, des ajouts de tâches/missions, et des titres parfois tirés par les cheveux (manager de tout et de rien). Du coup on approfondit pas tant en terme d’expertise mais plus dans l’expérimentation et la prise de risques.

Enfin, la hiérarchie est peu présente au travail, au Canada. Et on prend en compte de l’avis des seniors, sans qu’ils aient toujours des positions managériales officielles.

La France

Quand on bosse en équipe en France on n’est pas obligé d’être d’accord. Les tensions ça arrive et on doit savoir gérer cela. Ensuite on peut donner son avis ou pas mais à la fin c’est le manager qui décide.

Le présentiel est aussi encouragé, on se vante même de venir le weekend parfois. Au point ou ça peut être considéré dans certains cas comme étant important pour faire avancer une entreprise.

On se retrouve facilement avec peu de staff, on travaille à flux tendu et de manière très concentrée. Puis, l’analyse est très encouragée ainsi que la justification de nos choix ou propos. On fait officiellement 35h par semaine mais des heures sont sups possibles.

Les décisions sont prises avec caution et lenteur pour plus de certitudes. Et on a des difficultés à mettre en place l’opérationnel. Parfois on pense trop et on fait du sur-place. Puisque la réflexion est poussée, on met en place peu de mesures correctives. Mais il peut y avoir une certaine lourdeur dans les process.

Lorsque l’on soulève un problème on est valorisé et on peu devenir aisément la solution. Les responsables portent une grande attention aux soucis et à leur résolution. Ce qui est négatif se doit d’être résolu au point de grossir les traits d’un souci.

On peut avoir une impression de lenteur et de paperasse lourde. On met en place beaucoup de règles, lesquelles sont extrêmement mises en avant. Et l’attention aux détails est aussi importante.

Les entreprises affichent peu leur volonté d’être inclusives et préfèrent la neutralité (souvent en référence à la laïcité d’Etat). Les opinions, la foi et les idées militantes restent à la maison officiellement. C’est comme cela que l’on protège la réputation d’une entreprise en France. Cela n’empêche pas de gros débats politiques à la pause café. Il y a peu d’actions et d’aides pour les luttes contre les discriminations. On peut même considérer que le harcèlement ou une remarque ma placée d’un collaborateur à un autre est un souci “personnel”, et faire l’autruche par facilité.

Les valeurs et la vision de l’entreprise sont promues de manière modérée. On n’en fait pas tout un plat. On ne promeut pas non plus un “paradis du travail”. Parce qu’on est là pour bosser dur les gars. La médecine du travail, elle, fait son boulot sur la prévention, la santé et la sécurité. A chacun son expertise.

On reçoit aussi beaucoup de retours et de critiques constructives. L’amélioration des performances est prise au sérieux. C’est même un objectif établi. L’encouragement de la montée en expertise est ainsi très présent. En revanche on peut avoir l’impression de ne jamais être assez bon.

La prise de séniorité sur un même poste est importante (montée en expertise comme je le disais plus haut) : donc l’évolution de poste en poste est moins rapide. C’est aussi lié au peu d’embauches et à l’économie en berne.

Enfin, la hiérarchie est très présente et structurée. Elle est marquée d’autant plus par le vouvoiement et des tenues de travail assez strictes.

Ceci est une partie de mes ressentis. Ca n’englobe pas tout et c’est restreint à mes expériences. J’imagine que selon les contextes, les témoignages sont différents. Je vous ajoute ici d’autres articles à propos de mes expériences de travail au Canada et en Nouvelle-Zélande :